Une seule santé : La région face aux défis des résistances et des maladies infectieuses émergentes

Dans le cadre du programme régional One Health, deux éminents scientifiques de Nouvelle-Aquitaine, les professeurs Marie-Cécile Ploy et Denis Malvy, collaborent pour traiter des enjeux cruciaux de la santé humaine. Le professeur Ploy est microbiologiste à l’Université de Limoges, tandis que le professeur Malvy est infectiologue au CHU de Bordeaux. Ensemble, ils s’attaquent à des problématiques telles que la résistance aux antibiotiques et les maladies infectieuses.
Des enjeux de santé publique alarmants
Lors du sommet One Health qui s'est tenu à Lyon début avril, la résistance aux antibiotiques a été l’un des sujets majeurs de débat. Le professeur Ploy souligne qu’en France, environ 8 000 décès par an sont attribués à cette problématique. Des modélisations prévoient que d'ici 2050, ce fléau pourrait entraîner jusqu'à 39 millions de morts à l'échelle mondiale. La Nouvelle-Aquitaine, en tant que grande consommatrice d'antibiotiques, n'est pas épargnée par cette crise de santé publique.
Objectifs du programme régional One Health
Le programme vise à cartographier, comprendre et combattre les mécanismes de résistance aux antimicrobiens à l'échelle régionale, en collaboration avec plusieurs équipes de recherche. Deux axes stratégiques ont été définis :
- Résistance aux antimicrobiens
- Projet « Emerg » : étude de l'exposome microbien et des risques sanitaires liés aux grippes zoonotiques.
Comprendre les maladies infectieuses
Le professeur Denis Malvy met l'accent sur l'importance de comprendre les conditions d'apparition et de propagation des maladies infectieuses, en tenant compte des spécificités de notre territoire. Des facteurs tels que le changement climatique, la perte de biodiversité et les mutations biologiques jouent un rôle crucial dans l'émergence de ces maladies.
« La Nouvelle-Aquitaine pourrait servir de modèle à dupliquer », affirme-t-il. Bien que toutes les maladies ne se transforment pas en pandémies, des situations comme l'apparition du virus du Nil occidental en Nouvelle-Aquitaine après les grands incendies de 2022 en témoignent. « Nous avions anticipé ce risque dans des situations exceptionnelles comme un incendie », commente-t-il.
Leçons tirées de la crise COVID-19
Les erreurs commises lors de la gestion de la crise COVID-19 ont conduit à une prise de conscience sur l'importance de l'impréparation. Le professeur Malvy explique comment le virus du Nil a été détecté grâce à un suivi rigoureux des oiseaux migrateurs et à une vigilance accrue dans les haras, où les chevaux et les humains sont les plus vulnérables. « Nous avons alerté l’Établissement français du sang, qui a rapidement dépisté et détruit 56 lots infectés. Grâce à l'observation, l'action et la prévention, aucun patient n'a été signalé », précise-t-il.
Anticiper les menaces sanitaires
La semaine dernière, le professeur Malvy s'est rendu en Turquie avec son homologue du CHU de Saint-Sébastien, en Espagne, pour étudier les conditions de transmission vectorielle des tiques, susceptibles de propager la fièvre hémorragique de Crimée-Congo dans notre région. « Des villes comme Bergerac et Cognac ont déjà été touchées par le chikungunya, transmis par les moustiques-tigres l’an passé », rappelle-t-il. « Nous devons anticiper et nous acculturer aux risques », conclut-il.
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